Démarche artistique de fredJeanGil

L’étincelle sous vos yeux

Portrait central entouré de multiples visages répétés, dans une composition dense et organique évoquant la pareidolie, la foule intérieure et la fragmentation du regard.
Les Visages multipliés, image pareidolique de fredJeanGil : un portrait central traverse une foule de visages semblables, entre autoportrait symbolique, mémoire et multiplicité intérieure.

Démarche artistique de fredJeanGil

Partager un cheminement

Je suis fredJeanGil et je n’ai, à proprement parler, aucune démarche artistique. Je crois davantage à des idéaux esthétiques irrigués par des processus créatifs, à une recherche qui se construit peu à peu plutôt qu’à un programme défini à l’avance.

Ce mouvement prend la forme d’un cheminement que je souhaite partager à travers ce site. Il repose sur la recherche d’une discipline, d’une habitude, d’une routine capable de faire évoluer et d’affiner mon regard. Il s’agit ainsi de mieux faire surgir ce que nous portons tous en nous : la présence d’autrui, car c’est à lui que je m’adresse.

Pour Emmanuel Lévinas, c’est notamment par son visage qu’autrui s’impose à moi et m’appelle à sortir de mon confort solitaire. Dès lors, le lien entre ce que je fais, ce que je produis et l’utilité d’une étincelle dans les yeux du spectateur devient l’objet essentiel de mon travail.

Ce que j’aime, en effet, c’est transmettre des émotions premières, communes, susceptibles d’être reconnues et partagées par le plus grand nombre. Je considère la peinture comme un magasin d’images et de signes, de couleurs et de formes. Elle oriente l’esprit vers des idéaux esthétiques, mais aussi vers l’expérience d’autrui et la mise en perspective de soi, car rien, pas même le créatif, ne se fait sans cette mise en perspective (le simple et le pluriel).

Trouver sa place parmi les autres

L’autre ne se trouve pas en dehors des énigmes du moi. Au contraire, il apparaît au cours de notre cheminement intérieur comme une présence que nous ne pouvons plus ignorer.

Puisque, tout comme moi, autrui cherche à fuir le malheur, peut-être devrions-nous tenter d’y parvenir ensemble. Nous pourrions alors unir nos ruses, nos outils et nos forces afin d’échapper aux ennuis qui se répètent et d’accéder, autant que possible, à une forme de stabilité ou de durée.

De l’expérience intime à la peinture

C’est précisément à cet endroit que commence ma peinture.

Dans le fond d’un néant subtil, une figure apparaît, une présence se précise, puis l’image se découvre progressivement et deviens certaine. Enfin, elle s’ouvre à celui ou à celle qui la regarde.

Chez moi, cette découverte des formes repose notamment sur la paréidolie, c’est-à-dire notre capacité à reconnaître une figure familière dans une image ambiguë. Le CNRS présente notamment ce phénomène de perception à travers l’exemple des visages illusoires.

Dans La Maison rouge au visage caché, un paysage devient progressivement un visage. De même, dans Belleville — L’homme qui fume sous le corbeau, plusieurs images coexistent : un homme, deux personnages au bord de l’eau, un bandeau et un corbeau.

Ainsi, la matière ne me sert pas seulement à représenter une scène. Elle devient un lieu d’apparition, de passage et de transformation.

De l’intime au partage

Je suis fredJeanGil et ce que j’aime dans la peinture, c’est partir d’une expérience intérieure, lui donner une forme visible, puis la soumettre au regard d’autrui.

À cet instant, l’image ne m’appartient déjà plus complètement. Chacun peut y reconnaître une présence, une émotion ou une énigme différente.

Cette énigme, pour moi, prend la forme d’une étincelle dans les yeux du spectateur. Chaque fois qu’elle apparaît, elle semble me répéter de continuer et de ne plus m’arrêter.

La peinture, pour moi, c’est une parole.

Le laisser-voir.
Le laisser-dire.
Le laisser-entendre.

C’est se laisser faire par les rythmes, les couleurs, les perspectives. C’est suggérer, mettre à disposition cette impression étrange de familiarité, de proximité entre la toile et l’œil de celui qui la regarde.

Quelque chose demeure volontairement non achevé, pas tout à fait fini. La peinture oriente et guide l’œil vers ce que nos têtes, sous les visages souriants, tentaient vainement d’oublier.

Je pense aujourd’hui — mais demain ? — que l’art de peindre sert à rappeler ce qui se trame en douceur derrière notre âme, sous nos esprits, et qui tente toujours de nous échapper.

Ce petit rien qui échappe, l’invisible, cette matière noire comme un oubli nostalgique, surgit parfois dans une pareidolie : au hasard d’un balayage du regard sur une toile enduite, dans le pli d’un vêtement, dans les nuages.

Rien ne me serre plus le cœur que de penser que des mondes infinis se dissimulent derrière chaque toile, chaque tache de couleur, chaque coup de pinceau.

Mon défi est alors de les sortir de l’oubli et de l’indifférence où leur cachette finit, malheureusement, par les jeter.

Peinture Le Village Marin de fredJeanGil, forme rouge abstraite laissant apparaître un village au bord de l’eau.
Le Village Marin, peinture de fredJeanGil : une masse rouge devient côte, village et paysage intérieur.

Je peins d’abord parce que je crois en des mondes plus doux, moins chaotiques. Je pense que peindre, c’est ranger des idées éparses, mettre de l’ordre, donner les traits d’Apollon à Dionysos.

Rendre accessible une vision, faire découvrir un état, donner à voir les énigmes du Moi.

Peinture de fredJeanGil avec falaise, mer verte et forme de soleil-éléphant surgissant dans le paysage.
Le Soleil-Éléphant au bord de la falaise, peinture de fredJeanGil entre paysage, apparition animale et paréidolie.
Peinture de fredJeanGil représentant une maison rouge dans un paysage, formant un visage caché.
La Maison rouge au visage caché, peinture de fredJeanGil où un paysage devient peu à peu un visage.

Ne rien résoudre, seulement creuser, observer, cacher, gratter, ouvrir, révéler.

Je peins pour regarder, calculer, maîtriser un peu mieux ma partie du monde, ma cage, mon espace, ma prison.

Peinture de fredJeanGil montrant une falaise habitée avec maisons, escalier rouge et visage caché.
La Falaise Habitée, peinture de fredJeanGil : maisons, escalier rouge et visage dissimulé dans la falaise.
Peinture La Chapelle Rouge de fredJeanGil, bateau rouge sur la mer prenant la forme d’une chapelle.
La Chapelle Rouge, peinture de fredJeanGil : un bateau rouge devient chapelle, apparition ou mirage sur la mer.

Libérer une parole, la répandre, l’inoculer, transpirer des couleurs, coller des images dans la tête des gens : c’est aussi pour cela que je peins.

Et puis, enfin, je peins pour terminer patiemment un tableau, respirer, sourire à nouveau en le signant, comme on dit :

« Tu es prêt. Va d’ici vers là-bas, et tâche de trouver quelqu’un à qui tu plaises. Parle-lui de ce qu’il ne voulait pas retenir : les angoisses, les peurs qui dégoulinent, se ratatinent comme un beurre rance sous le poids de l’éternelle durée. Celle qui, sans début ni fin, tisse avec nous les décors et les paysages, les accords et les désaccords qui nous relient aux mondes sous nos pieds autant qu’aux belles volontés. Nos vies se renouvellent, sans ordonnances, sans prescriptions, sauf celle de mourir meilleurs, pour ne pas gâcher l’occasion, rare et chère, que constitue l’existence précieuse dont nous sommes à la fois le germe et le fruit. »

Peinture à l’huile pareidolie de fredJeanGil représentant un paysage de bord de mer avec un bateau, la côte, un glacier abandonné, des marches vers un jardin et deux visages bleus dans le ciel.
paysage de côte

Peindre, c’est donner une forme visible à l’énigme

La peinture naît peut-être de cette lutte. Elle commence par le désordre, l’inconnu, le vide, l’inexistant. Puis, peu à peu, elle donne corps à ce qui n’en avait pas encore.

Ce que l’on appelle peut-être l’âme ne vient qu’après. Elle apparaît en dernière instance, dans la vision finale, après l’épuisement des formes et des couleurs.
C’est donc d’abord au corps et aux sens que mes toiles s’adressent. Puis, dans le for intérieur, peut-être qu’un bout d’âme qui traîne y trouvera une possibilité d’élévation vers des mondes plus grands, plus beaux, moins abîmés.